Les Expériences de Lumière NDE, EMI

Les Expériences de Lumière NDE, EMI tunnel de lumière

Notre monde moderne est en cours de transformation sociale et culturelle, et les expériences de lumière nous apportent du sens en raison des valeurs fondamentales qu’elles véhiculent. La société devra un jour s’adapter à cette réalité, ce n’est qu’une question de temps.

Définition

Hors de l’espace spatio-temporel, les quatre composants : la lumière, l’amour, la paix et la présence définissent les expériences de lumière. Ces quatre éléments sous-tendent la force interagissant dans l’évènement selon un ordre ayant un sens: la lumière attire la conscience pour l’éveiller à l’amour, l’amour est soutenu par la paix qui est l’essence de la conscience, elle s’habille d’amour et de lumière. Au  cœur de la paix se trouve donc la présence qui demeure en ce lieu.

Historique

La première étude a été réalisée par Albert Heim dans une publication des Annales du Club Alpin Suisse sur les témoignages d’une trentaine d’alpinistes rescapés d’accidents de hautes montagnes, dont lui-même. Ils décrivent des états de conscience où ils ont tous vécu une vision complète de leur existence associée à une sensation agréable de flottement et de calme infini… En 1896, suite à cette étude, le psychologue français Victor Egger avance la formulation « expérience de mort imminente » ou EMI. En 1960, des psychologues et des psychiatres américains s’y sont également intéressés, et en 1975, ces idées ont été clarifiées et popularisées avec les travaux de Raymond Moody sous le terme de Near Death Experience (NDE), reprenant l’expression de Victor Egger. En 1994, les Américains Kenneth Ring et Sharon Cooper étudient les visions en EMI d’aveugle de naissance dont certains sont sans nerf optique, et ils concluent en toute objectivité que la vue durant l’expérience se fait sans les yeux. Ils en déduisent qu’il s’agit plutôt d’une perception de la conscience qui est capable de fonctionner indépendamment des organes de la vue. Dans ces exemples, c’est la conscience qui perçoit les informations qui sont ensuite filtrées par le cerveau pour finalement être restituées par le langage. En Belgique, Pim van Lommel propose le concept d’une continuité de la conscience et il explique que le cortex cérébral agit comme un récepteur qui capte des renseignements comme le sont les émissions radiophoniques, télévisées et internet. Ces informations nécessitent simplement un système matériel, un terminal comme le cerveau pour être transcrites.

Dans le traumatisme ou dans la mort, la vie sans le corps mène à la rencontre de la lumière libérant de l’obscurité, et le terme expérience de lumière est bien adapté à la compréhension, et bien plus porteur du véritable sens positif qu’elle contient.Dans notre existence, une épreuve surgit forcément un jour dans un nouvel événement qui vient bouleverser nos habitudes. De ce fait, nous nous interrogeons et prenons davantage conscience de la valeur de notre passage sur la terre. Notre esprit s’ouvre sur de nouvelles connaissances grâce à de nouvelles expériences et notre regard se modifie…

Le traumatisme est la rencontre de sa propre mort dans un fait réel créant une intrusion physique ou psychique. L’agression physique extérieure produit une blessure matérielle, tandis que la frayeur ou la peur est intérieure et mentale. En raison d’une situation inattendue, à un instant et un endroit déterminé dans l’espace et le temps, la rencontre inévitable a lieu et une rupture survient dans l’équilibre de l’environnement ou dans le calme intérieur.

La perturbation est celle de notre paix, et par comparaison le mot « frayeur » ou « effrayer » provient étymologiquement du latin exfridare qui signifie « faire sortir de la paix ». La personne effrayée est extraite de son univers de quiétude où règne la stabilité. Le mot frayeur vient également d’une énonciation plus ancienne du droit gallo-romain, le terme « fridu » correspond à la somme d’argent, à l’indemnisation à payer pour ramener l’ordre et la tranquillité. La paix est donc l’état d’harmonie fondamentale dont l’équilibre est rompu dans le traumatisme.

Une frayeur est une grande peur comme la terreur qui est à l’origine du mot terrorisme où le traumatisme est la rencontre de la mort. Une pensée s’impose comme la certitude de tuer pour le bien ou pour un plus grand bien de l’humanité. Cette réflexion s’oppose au respect d’autrui et à l’interdiction fondamentale de supprimer la vie. Celui qui tue se coupe de la lumière et perd son discernement. Cette responsabilité du meurtre persiste dans l’au-delà et seule une véritable prise de conscience permet de retrouver la lumière. En se rendant compte de la gravité des actes et des intentions sous-jacentes, la lumière redevient perceptible.

La France a connu la Terreur pendant la révolution de 1789 et pour restaurer la paix sociale, la déclaration de droits de l’homme s’est inscrite dans la liberté de parole en respectant les opinions et les croyances de chacun. Le changement vers la tolérance s’est fait dans l’émotion parce que les évènements ne peuvent être véritablement compris lorsqu‘ils sont réellement vécus. L’expérience est donc le passage dans la pratique malheureusement souvent traumatique.

Quand le traumatisme résulte d’un comportement dangereux, l’accident est par conséquent parfaitement prévisible ; mais, en dehors d’une conduite à risque, la cause peut être logiquement attribuée au hasard. Et lorsque les circonstances sont douloureuses, le hasard est dit « malheureux » d’après Aristote, dans le sens d’une fatalité inévitable. Cependant pour Albert Einstein, le hasard lui parait plutôt habité par une force créant les évènements, et dans cette force se trouve justement l’explication de la cause traumatique que nous cherchons. Dans ces circonstances, la présence d’une véritable force nous bouscule dans une confrontation totalement imprévisible : les habitudes, la culture, la nationalité, le sexe ou l’âge sont sans aucun rapport direct avec l’évènement. Et la nature exacte de cette force se compose des divers éléments rencontrés dans les expériences de lumière.

Lorsque ce genre d’évènement survient dans notre vie, une force nous bouscule dont le meilleur exemple reste l’irruption de l’amour dans sa vie. Une brèche s’ouvre dans la courte histoire de notre vie, une porte s’entrouvre par laquelle l’intemporel s’introduit dans notre conscience. Au-delà du temps, la lumière s’infiltre sans s’imposer, le regard se transforme et la tristesse se dissout dans le bonheur tout comme l’ombre de la mort disparaît dans la lumière. En quittant l’agitation et la dualité du conflit, nous entrons dans l’espace de notre paix intérieure.

Une de mes expériences

25 montagne sous soleil[1]La montagne

Les randonnées en haute montagne sont l’occasion de se ressourcer à cette force tranquille trouvée en altitude dans la nature encore sauvage. La montagne fascine l’homme depuis toujours et lui offre des endroits de silence et de solitude où un ressenti unique se fait jour face à l’expression de la beauté de la Terre. Et confrontée à un sentiment de paisible stabilité, la conscience s’éveille alors spontanément. Pour la jeunesse en quête d’absolu, l’idée est de toucher ses propres limites et de les dépasser tout comme Icare s’envolant vers la lumière. En plein été, nous partons en excursion dans les Alpes, dans le massif des Écrins où l’aiguille de la Dibona est un doigt vertical pointé vers le haut comme indiquant une direction à suivre. Plein d’enthousiasme, l’aventure dans la vie commence à peine pour notre groupe âgé d’une vingtaine d’années, et atteindre le sommet ou la pointe du triangle est tout un symbole, un défi à soi-même et à la nature.

Nous traversons des sous-bois, puis des forêts de sapins sans rencontrer de sanglier, et finalement, en quittant la contrée familière, nous émergeons dans un désert de rochers et rejoignons le refuge. Après une belle nuit, un soleil éclatant au milieu d’un magnifique ciel bleu crée des conditions d’escalade idéales. Au pied de la falaise, l’immensité de la paroi suscite la modestie. Différents itinéraires sont empruntés selon les possibilités de chacun dans le but de se retrouver au sommet. Totalement confiant dans le temps et responsable d’une cordée de trois, je choisis la voie normale du milieu. Le démarrage de la montée est facile, l’ambiance est enthousiaste et la situation semble parfaitement sous contrôle. Dans le feu de l’action, nous sommes comme des enfants qui oublient le temps qui passe tant ils sont absorbés dans un jeu passionnant.

L’orage électrostatique

Or à mi-hauteur de la falaise rocheuse, l’atmosphère bleue parfaitement ensoleillée jusqu’à présent s’obscurcit subitement à l’horizon. Imprévisible quelques instants plus tôt, un changement de temps se prépare, l’ambiance s’inverse dans le même mouvement et l’inquiétude s’installe. Une décision est à prendre rapidement afin d’éviter que le ciel nous tombe sur la tête. Redescendre en rappel par le même chemin serait beaucoup plus long que de rejoindre rapidement le sommet pour ensuite emprunter un tranquille sentier de descente, de l’autre côté. Malgré la prise de risque et croyant encore être maitre de la situation, nous choisissons ensemble de poursuivre l’ascension et l’atteinte de la cime devient une urgence.

À quelques dizaines de mètres de la pointe de l’aiguille, la perturbation éclate et les forces de la nature se déchainent violemment. Sous l’effet de la charge en électricité statique, nos cheveux se dressent droit sur la tête tout comme les filaments des habits et de la corde dont le diamètre se démultiplie. L’orage entièrement électrostatique est sec sans une seule goutte d’eau. Spontanément, des milliers d’étincelles se mettent à jaillir de nulle part en crépitant de tous côtés, elles se concentrent autour des objets métalliques et dansent sur les arêtes rocheuses pendant un long moment. Au début, ce nouvel effet nous amuse, mais nous sommes encore inconscients de la proximité du véritable danger. En l’espace de quelques minutes, la réalité extérieure se transforme et l’ambiance devient tout à fait fantastique. Le soleil s’est éclipsé dans le ciel maintenant sombre et le vent souffle en rafale faisant danser les nuages blancs cotonneux comme au cœur d’un tourbillon qui tourne autour de l’aiguille. Ce réveil de la nature est un spectacle féerique où la bande sonore se rajoute au phénomène électrique, le crépitement des étincelles est semblable au bourdonnement d’une nuée d’abeilles ou au grésillement des câbles de hautes tensions amplifié cent mille fois. Ce nouveau son commence très doucement, s’intensifie de plus en plus jusqu’à son point culminant : l’éclatement dans le fracas ahurissant du tonnerre. La déflagration de la foudre provoque un véritable séisme dans l’atmosphère dont le bruit se compare au déchirement d’un drap de tissu de la dimension du ciel. En plein jour, la luminosité extrêmement blanche de l’éclair strie le ciel le temps de la décharge, et l’atmosphère s’illumine quelques secondes. La Terre semble se fendre de l’intérieur dans une fin du monde, et cependant l’ambiance demeure fantastique malgré son contexte de terreur.

À l’image de l’extérieur et dans un état des sens en alerte maximum, la conscience se réveille sidérée par l’approche du danger. Des interrogations se posent sur le choix décidé parce que la solution prise est la pire de toutes, elle nous mène au cœur de l’orage. La recherche des limites et la quête inconsciente d’absolu avec la nature s’engagent réellement, le début de l’aventure intérieure commence par une avalanche de sentiments et de pensées contradictoires sur la suite des évènements.

La décharge électrique de la foudre frappe de nouveau à quelques dizaines de mètres, et le choc entraine un effet étourdissant où le surnaturel de l’atmosphère est une réalité physique. Cette situation est une impasse avec comme seule issue possible la mort. Effrayé et terrifié par le risque de partir instantanément, le moment présent atteint son degré d’intensité maximum. Les sens en état d’alerte suscitent un réveil complet de la conscience. Rien ne remplace chaque seconde gagnée qui est une chance supplémentaire de rester sur la Terre. Dans la rencontre de sa propre fin, chaque seconde qui passe semble être la dernière qui prend alors une valeur inestimable. Puis, le temps s’arrête dans la durée de l’éternité, et la mort est là, omniprésente. La foudre incontournable va frapper une dizaine de fois dans la demi-heure suivante, et dans un moment pareil, l’on se rend compte que l’être humain est comme un brin d’herbe fragile et impuissant face aux forces d’une nature totalement déchainée.

Une scène de folie

Dans ce spectacle, au son du tonnerre et de la lumière de l’éclair, une scène invraisemblable se joue sur la crête sommitale où le comportement humain régresse au stade animal de la lutte pour la survie. Dans une ambiance de déraison totale, les trois cordées précédentes prises de panique s’engouffrent simultanément dans l’unique et étroit goulet de descente en rappel. En fuyant, ils s’agglutinent les uns sur les autres, chacun voulant sauver sa propre vie, et forcément le passage de la sortie se bloque complètement. Dans cet affolement général, le guide est censé se maitriser et garder son calme en donnant l’exemple. Or, un guide ayant appris à escalader les rochers de Fontainebleau près de Paris et ne connaissant que très peu la vraie nature de la montagne, enjambe les corps et passe par-dessus tout le monde. Pris de panique, il marche et grimpe sur les autres en ne respectant plus aucune règle de vie en commun. Donc, au sommet, toute évolution se bloque dans une vision apocalyptique pouvant résumer la condition humaine actuelle.

Quand la peur prend le contrôle de l’individu dans un comportement archaïque, alors la raison s’égare et le sentiment altruiste s’efface.

À l’arrêt au point culminant, la principale occupation est maintenant de se préparer à mourir. La pensée est envahie par la certitude que le prochain éclair va tout désintégrer en une fraction de seconde, la disparition sera rapide et nette, sans aucune souffrance. Le sommet est atteint dans un sens bien différent de celui imaginé au départ. La fin est dans le prochain éclair blanc sans autre choix possible et le spectacle va se dénouer dans une mort fulgurante au bout du chemin.

Le crépitement recommence doucement, crescendo, puis le tonnerre assourdissant éclate à nouveau comme une bombe dont le souffle provoque une onde de choc nous décollant du sol. Puis, le calme et le silence s’installent en attendant la prochaine déflagration qui se prépare déjà. La tension et le bruit augmentent jusqu’à l’éclatement prévisible et le ciel se fend de haut en bas dans un fracas étourdissant, moment précis de la mort. Nous sommes de nouveau épargnés cette fois-ci, mais la suivante sera raisonnablement la dernière ; il ne peut plus en être autrement. Je me mets un peu à l’écart du groupe, quelques mètres plus hauts sur la crête, afin d’éviter d’être anéanti tous ensemble. La foudre frappe encore et encore, sans s’arrêter. L’impasse est réelle et plus rien n’est à faire de ce côté. À cette loterie, toutes les chances sont maintenant épuisées et le jeu avec une nature démontée est totalement disproportionné. La durée se suspend et chaque seconde se dilate à l’infini dans un éternel recommencement. Ayant déjà survécu jusque-là, le simple fait d’être toujours vivant est déjà en soi un miracle. L’ambiance est tellement critique que la certitude de mourir est absolue, aucun doute ne subsiste plus et aucune échappatoire n’est plus possible.

La vision du passé

L’ambiance surnaturelle de la foudre crée une forte tension physique dans l’atmosphère qui se réfléchit dans le psychisme. La conscience pleinement éveillée se détache progressivement de la réalité matérielle extérieure et se recentre sur elle-même. Dans cette prise de distance face à l’environnement, l’intériorité devient plus importante que les circonstances extérieures où la vie semble visiblement terminée. La perception de la réalité environnante de la montagne est maintenant ressentie dans un arrière-plan très lointain. À l’inverse de cette ambiance extérieure de mort, un sentiment intérieur de paix et de douceur surgit.

La perception change et le décalage s’accentue davantage en faveur de l’espace intérieur dans lequel le passé personnel s’introduit d’un seul tenant, dans un temps suspendu. Tous les évènements vécus se déroulent naturellement comme une réalité maintenant terminée. Dans cette vision panoramique, le passé est vu d’un bloc et l’avenir se présente comme une page blanche encore vierge. Aucun élément n’est plus saillant qu’un autre. Dans un dialogue avec elle-même, la conscience pleinement éveillée se rend compte qu’il est dommage de finir sa vie après seulement vingt ans d’existence. La durée écoulée a été trop courte pour entreprendre quelque chose, la vie commence à peine que déjà elle s’arrête, il est trop tôt pour mourir à vingt ans. La notion du bien s’introduit dans la réflexion, le mal n’a pas été fait et le bien aurait pu l’être bien davantage, mais le temps s’est arrêté et maintenant il est trop tard pour modifier le déroulement des évènements. L’histoire de la vie terrestre est terminée. Ce sentiment est personnel sans aucun témoin ni juge, et il se réduit à un simple regret présent : celui de n’avoir pas fait plus en regard de ce qui aurait pu l’être. La vision est parfaitement claire sur les potentialités offertes, mais surtout sur celles non développées et l’impression d’ensemble se résume dans un sentiment de manque face aux éventualités possibles.

L’éclair de lumière

Et puis, dans l’espace d’une fraction de seconde, le coup de tonnerre le plus près claque comme un gigantesque coup de fouet et une explosion de lumière déflagrent l’atmosphère. La décharge me tombe sur la tête et le courant me traverse de haut en bas. Mon corps est électrocuté frappé par la foudre, mais ma conscience bien vivante passe dans un autre univers. Dans l’effraction physique de l’éclair, l’ambiance ordinaire de la montagne et de l’orage s’éclipse instantanément. La séparation avec l’Ancien Monde est complète en une fraction de seconde, et l’espace-temps disparait. Plus rien ne persiste de la réalité passée et plus personne n’est présent. Plus aucun bruit n’est perceptible, le chaos a disparu et un calme absolu règne dans une nouvelle atmosphère maintenant totalement ouverte.

Dans cette espèce de big bang, un univers de lumière se découvre qui occupe toute l’étendue disponible. Le cheminement dans l’expérience précédente reprend là où il s’était arrêté, dans la lumière. Le but est atteint et la limite est à cet instant franchie où rien d’autre ne persiste que cette clarté à perte de vue dans une atmosphère blanche indescriptible. Cette luminosité d’une blancheur transparente extrême est plus blanche que blanche, elle est plus qu’une neige intacte en plein soleil. Cette clarté d’une limpidité cristalline est proche et lointaine à la fois, elle baigne l’ensemble du tableau à trois cent soixante degrés, elle est regardée en face à face, dans une brillance non aveuglante totalement différente de celle du soleil. Cette lumière sans fin surpasse l’idée d’un contenu remplissant un contenant, sa consistance est douce, homogène et presque palpable comme du coton.

Aucune forme précise ne se distingue dans cette atmosphère sans dimension, mais une émotion très simple est ressentie face à la présence d’un amour infini. Un véritable sentiment d’amour occupe cette ambiance chaleureuse. Un amour sans aucune réserve remplit l’espace de lumière et se transmet dans une impression de plénitude complète incomparable.

Cet amour est paisible et procure une sensation de sérénité profonde qui se traduit dans une réelle quiétude que rien ne perturbe. La paix présente règne dans cet univers. L’ensemble est de la paix, rien que de la paix, et encore de la paix. L’état de l’atmosphère calme est celui de l’éternité, soit une durée qui s’étire sans aucun repère spatiotemporel reconnaissable. Sans aucun comptage ni évaluation possible, le temps est complètement arrêté. L’espace ouvert est réel, et rien d’autre n’est nécessaire que d’être présent et bien réveillé.

Mon ressenti se traduit dans le fait que je suis une sphère lumineuse dans la lumière, et uni en elle tout en conservant mon identité propre. Le sentiment est celui d’être aimé et de ne jamais avoir été aussi bien, aucune comparaison n’est suffisante ou équivalente à cette plénitude. Le but est de rester définitivement là en paix, comme une goutte de lumière dans un océan de lumière, une goutte d’amour dans un océan d’amour, une particule de paix dans un univers de paix.

Cette toile de fond lumineuse de dimension infinie est vivante, chaleureuse et paisible. Dans ce sentiment, la compréhension est complète sur la réalité environnante où l’univers matériel est ressenti dans son intériorité, à partir de son versant immatériel. La connaissance se fait naturellement en ayant l’impression de faire partie d’un tout, comme dans une source dans laquelle on s’immerge. Toute la connaissance converge vers le sentiment à travers lequel toute chose est comprise. Et cette perspective affective donne sa cohérence à l’ensemble de notre espace spatiotemporel.

Cette situation se prolonge dans un mouvement de spirale continu, la lumière, l’amour et la paix réalisent la vie dans un bonheur parfait où la conscience est comblée. Au cœur de l’expérience, le contact avec la présence est intuitif sans aucun échange de paroles nécessaire. Cette présence vivante, douce et discrète, se manifeste sans s’imposer. Elle n’est non descriptible ni véritablement nommable sans aucune forme ou ressemblance avec quelque chose de connu. Elle est d’une autre nature qui s’exprime et se traduit par les divers ressentis éprouvés. Cette présence vivante représente le fond ultime de l’expérience, elle est la force à la source du sentiment paisible et lumineux diffusant dans cette ambiance. L’avancée est possible au cœur de cette présence indéfinissable qui peut être symbolisée comme la conscience du lieu.

À l’image de cet environnement de lumière, ma conscience est parfaitement claire et lucide, pleinement présente dans ce temps totalement étiré. Cet état d’intimité est un dénouement émotionnel complet que les mots et leurs représentations ne peuvent approcher davantage. Les mots forment le récit d’un phénomène impossible à dire ou à décrire davantage, et pour décrire le sentiment expérimenté, les termes seraient à distendre comme une matière élastique pour atteindre la dimension ressentie.

Cependant, ce milieu unique est quitté brusquement en une fraction de seconde, de la même façon qu’en y rentrant. Et le retour aussi fulgurant que le départ se fait dans un mouvement d’aspiration, en sens inverse.

Dans l’impact de la foudre, mon corps est encore fonctionnel en raison d’une bonne prise de terre, mais, déconnecté de la conscience, il est en train de se décorder tranquillement sans ma volonté et il marche vers le vide à la verticale de la falaise. Dans un éclair de conscience, une personne présente se rend compte de la situation et elle stoppe net la corde encore incomplètement détachée : moment de mon retour dans le corps. À une fraction de seconde près, l’organisme délié et non retenu s’écrasait mollement une centaine de mètres en contrebas. De l’autre côté, j’avance tranquillement connecté dans la lumière et complètement débranché du corps qui n’avait plus d’existence réelle. Au bord de l’abîme vertigineux, la conscience se remet dans son enveloppe corporelle, et lorsque je me rends compte de la situation, je m’arrête net à quelques centimètres du précipice. Une douleur se manifeste comme un coup de pioche dans la hanche droite à l’endroit précis de la sortie de la foudre.

Ensuite, l’orage se termine, les nuages disparaissent aussi rapidement qu’ils étaient venus, laissant la place au soleil éclatant qui brille de mille lumières. La descente se fait en toute quiétude dans un rappel bien encordé. Au milieu de l’été, une très fine neige blanche se met à tomber sous un magnifique ciel bleu, une réalité surnaturelle qui persiste.

Le lendemain

Le lendemain est encore imprégné de l’ambiance de la veille, je reste assis toute la journée sur un banc de la terrasse du refuge à contempler le ciel et la montagne. Fixé dans le présent, le temps s’est arrêté et la lumière vivante rencontrée plutôt semble toujours présente. Tandis que les autres repartent pour une nouvelle course, j’essaye de réaliser l’incommensurable.

Ainsi, les mots d’un livre restent des mots et ils ne peuvent raconter la totalité de ces différents évènements, ils peuvent présenter un état de conscience et décrire un sentiment vécu, mais ils ne peuvent rendre compte de la réalité complète vécue dans l’expérience. Et par conséquent, seul le silence des mots est capable d’exprimer l’ensemble du phénomène qui parle alors directement au cœur dans une vision plus complète du phénomène.

L’analyse de retable d’Issenheim est un support historique pour mieux comprendre les expériences de lumière parce que les images illustrent plus facilement un cheminement que tout le monde empruntera un jour. La mémoire spirituelle occidentale retrace le même parcours allant de l’obscurité à la lumière ou de la matérialité à l’intemporalité. Et donc, les anciennes traditions s’allient parfaitement bien aux idées plus modernes exposées pour nous mener à l’éveil de la conscience.